Liège-Décroissance

Énergie nucléaire

La durabilité a perdu son sens avec le triomphe du lobby nucléaire 25 août 2023retour au sommaire

Par Thomas Stuart Kirkland et Christiana Mauro, reporters indépendants

En écoutant l’Alliance nucléaire, forte de 14 pays de l’UE, qui a fait pression pour que l’énergie nucléaire soit labellisée verte et souhaite désormais la voir traitée de la même manière que les autres énergies renouvelables, cela signifie que tout est permis.

La Commission européenne, sous la présidence d’Ursula von der Leyen, a officiellement déclaré la politique climatique comme sa priorité numéro un. Mais fin août, au Tribunal européen de Luxembourg, marque la conclusion de la première phase de l’un des trois procès contre la Commission européenne visant un élément clé de la législation européenne du Green Deal. Ces poursuites n’ont pas été intentées par des opposants à la politique d’atténuation du changement climatique, mais par ceux, dont l’Autriche et un certain nombre de groupes environnementaux, qui souhaitent sauver la législation de ce qu’ils considèrent comme une compromission fatale. Le plaidoyer dans ces affaires vise à abroger la loi déléguée complémentaire sur le climat (CCDA), en vigueur depuis janvier dernier. Celui-ci complète le Règlement Taxonomie, une liste d’activités économiques considérées comme durables et donc éligibles aux investissements verts, pour inclure, étonnamment, le gaz naturel et l’énergie nucléaire.

Qu’est-ce qui a conduit à cette situation, dans laquelle l’exécutif européen, apparemment déterminé à réaliser son plan « Fit by 55 » visant à réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, se retrouve contesté sur sa législation verte phare par l’un de ses propres États membres ? La réponse volontiers fournie par les critiques est qu’il s’agit d’une réponse appropriée à l’un des triomphes les plus remarquables du greenwashing imposé au public. L’inclusion du gaz et du nucléaire, disent-ils, viole tout l’objectif du règlement sur la taxonomie.

LIRE la suite sur L'Observatoire de l'Europe.

Les réacteurs modulaires ne sont soutenus que par l’idéologie 8 août 2023
La fin du rêve énergétique d’Oppenheimerretour au sommaire

Par Allison Macfarlane, directrice de l’École des politiques publiques et des affaires mondiales de l’Université de la Colombie-Britannique et ancienne présidente de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis (21 juillet 2023). Traduction et notes : Liège-Décroissance.

Depuis qu’Oppenheimer a commencé à exploiter la puissance de l’atome, d’abord comme arme de guerre, puis comme moyen de production d’énergie à des fins pacifiques, l’énergie nucléaire est à la fois porteuse de promesses et de périls. Alors que les grandes centrales nucléaires peinent à rivaliser avec les énergies renouvelables et le gaz naturel du point de vue de la rentabilité, les petits réacteurs modulaires (SMR) promettent de sauver la filière de l’énergie nucléaire. Ces dernières années, les investisseurs, les gouvernements nationaux et les médias ont accordé une grande attention aux petits réacteurs nucléaires modulaires, qu’ils considèrent comme la solution aux coûts et aux longs délais de construction des centrales nucléaires traditionnelles, ainsi qu’aux inconvénients esthétiques et d’emprise au sol des énergies renouvelables. En explorant les défis auxquels est confrontée la technologie des petits réacteurs modulaires, je démontrerai que cette résurgence de l’énergie nucléaire relève de l’imagination populaire, plutôt que de la concrétisation d’une véritable innovation technologique […]

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Ce que le film « Oppenheimer » ne dit pas sur l’essai Trinity 1er août 2023retour au sommaire

Avec le film de Christopher Nolan, une nouvelle génération d’Américains découvre J. Robert Oppenheimer et le projet Manhattan. Seulement, comme leurs parents, ils n’entendront pas parler de la manière dont les dirigeants étasuniens ont sciemment risqué et porté atteinte à la santé de leurs concitoyens au nom de la guerre. Ma communauté et moi-même sommes à nouveau laissées pour compte.

La région du sud du Nouveau-Mexique où s’est déroulé l’essai Trinity n’était pas, contrairement à ce que l’on raconte, une étendue de terre inhabitée et désolée. Plus de 13 000 personnes vivaient dans un rayon de 80 km. Beaucoup de ces enfants, femmes et hommes n’ont pas été prévenus avant ou après le test. Des témoins oculaires m’ont dit qu’ils croyaient vivre la fin du monde. Lors de l’explosion, ils n’ont pas eu de pensées profondes pour la Bhagavad Gita, comme Oppenheimer. Beaucoup se sont simplement agenouillés et ont récité l’Ave Maria en espagnol.

Pendant les jours qui ont suivi, disent-ils, des cendres sont tombées du ciel, contaminées par 4,5 kg de plutonium. Une étude réalisée en 2010 par les Centres de contrôle et de prévention des maladies a révélé qu’après l’essai, les niveaux de radiation à proximité de certaines maisons de la région ont atteint « près de 10 000 fois ce qui est actuellement autorisé dans les zones publiques ».

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– Lire aussi :
   – Les cobayes du projet Manhattan par Pierre Ropert (radiofrance, juillet 2023).
   – Les cobayes humains du plutonium par Robert Bell (La Recherche, 1995).
   – Oppenheimer au risque de la déréalisation de l'hubris atomique par Benoît Pelopidas, le 26 septembre 2023.

Photo : l’essai Trinity (premier essai d'une arme nucléaire, le 16 juillet 1945, près de la ville d’Alamogordo dans l’État du Nouveau-Mexique).

Il n’y a pas de nouvel âge d’or du nucléaire, mais de vieux routiers de l’industrie qui essaient de gagner de l’argent 30 juillet 2023retour au sommaire

Un article de Stephanie Cooke publié le 28 juillet 2023 sur le site web de FORTUNE (!). Traduction et notes : Liège-Décroissance.

Depuis le début du millénaire, au moins 50 milliards de dollars ont été dépensés dans un effort frénétique pour créer un nouvel âge d’or de l’énergie nucléaire aux États-Unis. Des milliards supplémentaires sont consacrés à un effort encore plus désespéré pour lancer de petits réacteurs, censés être des alternatives plus sûres et moins chères que les versions de taille éléphantesque d’antan. La majeure partie de l’argent provient des contribuables et des usagers, et s’accompagne d’une avalanche de campagnes de relations publiques qui rivalise avec la campagne « Atomes pour la paix » des années 1950, avec ses affirmations selon lesquelles l’électricité deviendrait « si bon marché que ce ne sera plus la peine d'installer des compteurs » (Too cheap to meter) […]

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Le futur réacteur nucléaire Iter : un projet titanesque et énergivore30 juillet 2023retour au sommaire

Iter, le futur réacteur international, se veut la vitrine de la fusion nucléaire, dont les qualités, selon ses promoteurs, surpassent celles de la fission, en usage dans les centrales classiques. Enquête au cœur d’un projet démesuré, aux conséquences sanitaires et environnementales désastreuses.

  1. Le futur réacteur de fusion nucléaire Iter, dans les Bouches-du-Rhône, consommera autant d’énergie qu’il en produira. Ce projet immense est aussi bien plus coûteux que prévu : 44 milliards d’euros.
  2. Présenté comme un projet « propre » qui contribuera à la lutte contre le changement climatique, le futur réacteur nucléaire Iter nécessite pourtant quantité de métaux polluants ou cancérogènes, et produira de nombreux déchets radioactifs.
  3. Incendie, risque sismique, étanchéité des composants… Plusieurs dangers pourraient solder le projet Iter par un échec. L’avenir de la fusion nucléaire en serait quand même protégé, tant les États et les magnats de l’industrie de la tech ou de l’énergie financent des recherches et des projets.

– Une enquête à lire sur Reporterre, par Celia Izoard, le 16 juin 2021.
– Sur Iter, lire le livre de Isabelle Bourboulon, Soleil trompeur, Iter ou le fantasme de l’énergie illimitée.

Articles publiés avant 2020retour au sommaire

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